En Israël, le retour des kahanistes à la Knesset

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Hébron, Cisjordanie, Israël, le 12 avril 2021

Vue de la zone H1et H2 d'Hébron, le tombeau des patriarches à son centre, à la tombée de la nuit.

Photo Laurent Van der Stockt pour Le Monde LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE » Par Clothilde Mraffko

Publié aujourd’hui à 01h43

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FactuelVingt-sept ans après l’interdiction du parti Kach du rabbin extrémiste Meir Kahane, qui prônait l’établissement d’un Etat théocratique juif et l’expulsion des Palestiniens, Itamar Ben-Gvir, l’un de ses disciples, a été élu député en mars grâce à l’appui de Benyamin Nétanyahou.

Longtemps Itamar Ben-Gvir, le chef de file du parti suprémaciste juif Otzma Yehudit – « puissance juive » en hébreu – a eu, accroché dans son salon, un portrait de Baruch Goldstein. Cet extrémiste juif qui, à l’aube du 25 février 1994, en plein mois de ramadan, a tiré sur des fidèles palestiniens priant au caveau des Patriarches à Hébron, là où reposent Abraham, Isaac et Jacob selon la tradition. Le carnage, arrêté par des fidèles qui ont tabassé à mort l’assassin, avait fait 29 morts et 125 blessés parmi les Palestiniens. Peu avant de se présenter aux élections législatives israéliennes, au printemps, Itamar Ben-Gvir a décroché le portrait. Depuis le 23 mars, l’avocat, ouvertement raciste et homophobe, a fait son entrée à la Knesset.

Itamar Ben-Gvir, le chef de file du parti suprémaciste juif Otzma Yehudit, le 6 avril, à la Knesset, à Jérusalem. Itamar Ben-Gvir, le chef de file du parti suprémaciste juif Otzma Yehudit, le 6 avril, à la Knesset, à Jérusalem. ALEX KOLOMOISKY / AFP

« Quand il a enlevé cette photo, il a dit qu’elle n’était pas si importante à ses yeux », assure Noam Arnon, qui juge le massacre « terrible ». Barbe poivre et sel, épaules un peu voûtées et kippa tricotée sur le crâne, il est le représentant des colons juifs à Hébron, une communauté réputée violente, installée illégalement depuis 1968 au cœur de la ville palestinienne du sud de la Cisjordanie occupée. Beaucoup ici ont donné leur voix à la liste Sionisme religieux, qui regroupe les partis de l’ultradroite religieuse : Otzma Yehudit, le parti Noam, qui milite contre l’octroi de droits pour la communauté LGBT, et le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich. Noam Arnon a voté pour eux, mais il tempère le poids d’Itamar Ben-Gvir dans la percée de la liste aux législatives, qui a remporté six des 120 sièges de la Knesset.

« Des fanatiques »

A Hébron pourtant, si rares sont ceux qui acceptent d’en parler, Otzma Yehudit compte de nombreux soutiens, notamment parmi les colons franco-israéliens. Au restaurant qui jouxte le caveau des Patriarches, le serveur de 33 ans a déjà voté plusieurs fois pour Itamar Ben-Gvir. « La première chose qu’il doit faire, c’est mettre dehors tous les partis arabes. Leurs députés le disent ouvertement : ils ne reconnaissent pas l’Etat juif, ils nous détestent, ils veulent nous détruire ! Israël n’est pas un Etat arabe, alors pourquoi y aurait-il des députés arabes à la Knesset ? », lâche David, barbe blonde et papillotes rangées derrière les oreilles, kippa sur la tête.

Devant le cénotaphe d'Abraham, dans le caveau des Patriarches, à Hébron (Cisjordanie), le 12 avril. Devant le cénotaphe d'Abraham, dans le caveau des Patriarches, à Hébron (Cisjordanie), le 12 avril. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

Ce juif religieux, originaire de Tchétchénie, revendique un « Etat halakhique », fondé sur la loi juive, dans lequel les non-juifs auraient un statut inférieur et dont la majorité seraient finalement exclus. Il rêve d’un grand Israël, aux frontières englobant « la Jordanie, une partie de la Syrie et de l’Arabie saoudite ». Une vision aux forts accents messianiques, nourrie par une haine viscérale envers ceux qu’il appelle « Arabes » ou « musulmans » ; une détestation qu’il dit tenir de son enfance dans le Caucase et des attaques de musulmans contre sa famille. « Si je sais que des Arabes veulent me tuer, je les tuerai en premier », jure-t-il.

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