Harcèlement sexuel : l’impact de la Covid-19

Il y a 3 mois 49

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GettyImages-1215381883 | L'impact de la Covid-19 sur le harcèlement sexuel. Getty

Avec l’essor du télétravail, le harcèlement sexuel a pris de nouvelles formes virtuelles sur le plan professionnel. La crise de la Covid-19 a transformé notre monde et le harcèlement sexuel a également connu une évolution. 

Le harcèlement sexuel en télétravail


En octobre, Jeffrey Toobin, écrivain pour le New Yorker et analyste politique pour CNN, a été soupçonné d’avoir exposé « involontairement » ses organes génitaux à ses collègues lors d’un appel Zoom. Ses collègues ont rapporté qu’il se masturbait et, pour s’excuser, Jeffrey Toobin a déclaré qu’il ne pensait pas avoir la caméra allumée. Certains pensent que le caractère informel du télétravail encourage ce type de comportement qui est tout sauf professionnel. D’autres anecdotes suggèrent que des formes plus subtiles de harcèlement sexuel se sont également installées, comme celle d’une femme dont le patron a insisté pour qu’elle montre tout son corps, et pas seulement son visage, lors des appels Zoom.

Il est clair que le harcèlement sexuel existe toujours sur le lieu de travail même virtuel, mais la bonne nouvelle est que certains chiffres suggèrent qu’il est relativement rare. Ariel Weindling, avocat spécialisé dans le droit du travail et fondateur et PDG de NotMe Solutions, est conscient de ce qui peut se passer au travail. #NotMe est une plateforme gratuite de signalement pour ceux qui ont été victimes ou témoins de racisme, de harcèlement ou de tout type de discrimination ou d’inconduite. « Je n’ai vu aucune allégation de harcèlement sexuel sur le lieu de travail virtuel. Aucune », dit-il à propos de la période écoulée depuis le début des fermetures en mars dernier. Il n’est pas surprenant que pour les gens qui continuent de se rendre sur leur lieu de travail physique, le harcèlement sexuel reste un problème.

Ariel Weindling poursuit en précisant que deux facteurs peuvent contribuer à l’absence de rapports de harcèlement sur le lieu de travail virtuel. Tout d’abord, il est probable que les auteurs sont moins enclins au harcèlement virtuel, car les réunions et les SMS peuvent être facilement enregistrés, ce qui permet de prouver leurs méfaits.  Mais l’absence de rapports ne signifie pas que le harcèlement sexuel a été complètement éradiqué dans le monde virtuel. Une deuxième possibilité est que les employés qui craignent de perdre leur emploi avec le contexte actuel de ralentissement économique soient peu enclins à signaler les problèmes de mauvaise conduite.

Harcèlement sexuel et protocoles relatifs à la Covid-19

Si le harcèlement virtuel est probablement en baisse, les personnes travaillant en contact physique avec d’autres sont toujours confrontées à des comportements déplacés. Certains pensent que les protocoles  liés à la Covid-19, comme le port du masque et la distanciation sociale, ont contribué à réduire le harcèlement, mais d’autres suggèrent qu’ils fournissent davantage de matière aux harceleurs. Liz Brockland, infirmière à la Rush University College of Nursing de Chicago, a écrit dans un article d’opinion pour USA Today : « En tant que prestataire de soins de santé, je trouve souvent que le port d’un masque affaiblit la qualité de ma pratique. Mais en tant que femme, je trouve que c’est un soulagement ». Elle décrit que les patients ou les membres de leur famille font souvent des commentaires sur son apparence lorsqu’elle ne porte pas de masque. C’est une plainte courante des infirmières, et un sondage de 2018 a révélé que 71% des infirmières avaient été victimes de harcèlement sexuel de la part d’un patient. Mais lorsque le visage de Liz Brockland est caché derrière un masque, elle constate que les autres sont beaucoup moins attentifs à son apparence. « Les masques m’ont fait me sentir protégée des regards et des commentaires », écrit-elle.

Mais tout le monde ne s’accorde pas à dire que le port du masque est protecteur. Une enquête de OneFairWage.com a révélé que 43 % des femmes travaillant dans les services de restauration ont déclaré avoir reçu ou été témoins de commentaires sexuels non désirés spécifiquement liés aux protocoles Covid-19, tels que le port du masque ou la distanciation physique.  Une serveuse a décrit son client comme suit : « Il m’a demandé d’enlever mon masque pour voir mon visage et décider du montant du pourboire à me donner ». Le rapport de recherche énumère 250 autres commentaires de harcèlement tout aussi odieux de la part de clients, impliquant des masques ou une distanciation physique, qui ont été signalés par les répondants à l’enquête.

La journaliste du Washington Post, Monica Hesse, a approfondi cette nouvelle forme de harcèlement.  « J’ai passé une journée à parler aux serveurs et aux barmans des fois où les clients leur avaient demandé d’enlever leur masque : Une demande qui s’apparente à de la drague mais qui représente en réalité une menace », rapporte-t-elle.  Ce type de harcèlement est particulièrement dangereux, car le retrait des masques peut entraîner une exposition au virus. Une barmaid que la journaliste a interrogée a décrit : « Les hommes semblent penser que c’est charmant, mais la connotation qui se cache derrière “enlevez votre masque” est sale. J’ai 22 ans. Ces hommes ont la cinquantaine, et ils me disent : “Tu es vraiment jolie. J’aimerais que tu n’aies pas à porter ce masque” ».

Article traduit de Forbes US – Auteur : Kim Elsesser

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