Coronavirus : Reconfiner localement après Noël, une bonne solution pour éviter la troisième vague ?

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Certaines choses sont parfois difficiles à supporter à Noël.

Certaines choses sont parfois difficiles à supporter à Noël. — PIXABAY
Face au rebond épidémique en Europe, certains pays ont pris des mesures d’urgence, allant du couvre-feu au reconfinement local ou national. En France, les cas de contamination sont à la hausse et les retrouvailles familiales pour les fêtes de fin d’année laissent craindre l’arrivée d’une troisième vague à la rentrée de Janvier. Certains élus plaident pour des reconfinements locaux dans les régions où la circulation du virus est la plus forte.

Italie, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni… Pour faire face au regain de l’épidémie de coronavirus en Europe, plusieurs de nos voisins ont annoncé des mesures restrictives, allant même jusqu’au reconfinement national ou local pendant les fêtes de fin d’année pour certains.

En France, pour l’heure, le gouvernement semble exclure un reconfinement après Noël. Seul le couvre-feu, en vigueur depuis le 15 décembre (de 20 heures à 6 heures du matin), a été instauré pour la période des fêtes. Pourtant, les chiffres ne sont pas vraiment à l’amélioration et les retrouvailles familiales laissent craindre l’arrivée d’une troisième vague à la fin de l’année (et d’un troisième confinement par la même occasion).

Le Grand-Est particulièrement touché

Le confinement de novembre n’a pas permis de s’approcher de la barre des 5.000 contaminations quotidiennes, un chiffre souhaité par le gouvernement pour lâcher du lest sur les mesures de restrictions. C’est même le ministre de la Santé, lui-même, Olivier Véran, qui le dit. Avec plus de 12.000 cas supplémentaires en 24 heures, ce dimanche, « nous sommes au-dessus de 10.000, ça veut dire qu’on est dans une situation assez fragile, voire précaire, il ne faut surtout pas basculer du mauvais côté », a mis en garde le ministre de la Santé, lundi sur Europe 1.

Et dans certaines régions, comme le Grand-Est, les indicateurs sanitaires sont encore plus préoccupants. La semaine dernière, le taux d’incidence (c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas comptabilisés sur les 7 derniers jours pour 100.000 habitants) était au-dessus du seuil d’alerte (100 cas pour 100.000 habitants) dans 64 départements métropolitains, dont les Ardennes (330), le Doubs (270), la Haute-Marne (264), la Meuse (263), les Vosges (261) et l’Yonne (253). A l’inverse, certains départements semblent relativement épargnés. C’est le cas du Finistère, des Côtes d’Armor, du Morbihan, de la Charente-Maritime, des Pyrénées-Orientales et de la Corse, où le taux d’incidence se situe sous la barre des 20 cas pour 100.000 habitants.

Le télétravail massif plutôt que le reconfinement

Et si la solution, c’était tout simplement de reconfiner localement ? C’est en tout cas l’idée d’Arnaud Robinet, le maire de Reims (LR), qui « propose de reconfiner soit de façon territoriale ou au niveau national (…) à partir du 25 ou du 26 jusqu’à la rentrée, c’est-à-dire jusqu’au 3 ou 4 janvier » afin « de permettre un retour à la vie presque normale à la rentrée ». Pour l’élu, des reconfinements locaux pourraient être décidés dans les départements où la situation est la plus préoccupante. Pour Didier Guillemot, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, c’est une solution qui pourrait marcher : « D’un point de vue épidémiologiste, confiner localement ou régionalement, ça pourrait être très utile et moins pesant pour une grande partie de la population française ». Mais le spécialiste estime néanmoins que la mesure serait difficile à mettre en place : « L’organisation politique de la France complique les choses. Qui va gérer ces reconfinements locaux ? Les présidents de région ? Les préfets ? Ce ne sont pas forcément les mieux placés », explique-t-il.

« Confiner localement, c’est ce qu’ils font en Angleterre. C’est une logique compréhensible, car il y a de grandes disparités dans les régions. On pourrait imaginer ce dispositif en France, si vraiment les chiffres s’enflammaient dans un département », reconnaît Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique. Mais pour lui, seul le télétravail massif pourrait permettre de faire baisser les chiffres : « En septembre, il y avait seulement 10 % de salariés en télétravail. C’est ça qui a relancé l’épidémie. Si on veut éviter une troisième vague, il faut imposer le télétravail jusqu’à mi-janvier. Mettre le mot confinement, ça ne sert pas à grand chose à part saper le moral des Français », détaille-t-il.

Revenir au confinement strict, comme en mars ?

Le professeur Djillali Annane, chef de la réanimation à l’hôpital Raymond Poincarré de Garches (Hauts-de-Seine), lui, plaide pour une mesure nationale, arguant qu’un « reconfinement local aura peu d’effet » : « C’est ce qu’a fait l’Allemagne et maintenant elle revient sur sa stratégie et confine nationalement. Quant à l’Angleterre, le gouvernement a annoncé le reconfinement de Londres et du sud-est du pays, mais il va probablement l’étendre à tout le territoire dans les prochains jours ». Et pour le spécialiste, il faut même un confinement national strict : « La seule solution, c’est le reconfinement national, à partir du 26 décembre, sur le même modèle que celui le 16 mars. On a l’impression que les chiffres sont moins élevés que nos voisins, mais c’est un leurre. Les mesures d’aujourd’hui ne permettent pas de contrôler l’épidémie ».

L’autre intérêt d’un confinement national ? S’aligner sur nos voisins européens, estime le chef de la réanimation : « Un certain nombre de pays voisins se sont confinés nationalement de manière simultanée. Ce n’est pas pour rien. Il y a une opportunité à se synchroniser avec ces pays-là. Ce qu’il nous faut, c’est un confinement européen, d’autant plus avec l'apparition de la nouvelle souche au Royaume-Uni ». « Il ne faut pas raisonner de façon comparative, les situations sont différentes selon les pays et selon les moments. Il faut regarder nos indicateurs à nous, ceux des hospitalisations et des admissions en réanimation, et prendre les décisions en fonction de ça », estime Didier Guillemot qui n’exclut pas « une prise de parole d’Emmanuel Macron le 26 décembre pour annoncer un reconfinement le 27 ». Les Français devraient avoir encore quelques jours de répit avant un éventuel couperet au lendemain des fêtes de Noël.

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