Cantines scolaires : comment le menu sans viande à Lyon divise le gouvernement

Il y a 1 semaine 18

Au gouvernement, chacun a son petit avis sur la question. La controverse autour du menu sans viande désormais proposé dans les cantines des écoles de la ville de Lyon divise les ministres. D'un côté, il y a le celui de l'Intérieur Gérald Darmanin, suivi par le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, Olivier Dussopt des Comptes publics et le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. De l'autre, le ministre de la Santé Olivier Véran et sa collègue de la Transition écologique Barbara Pompili, qui ne voient pas lieu de polémiquer. Et au centre, le Premier ministre, Jean Castex... qui ne tranche pas. 

Darmanin et Denormandie, premiers à s'insurger 

Une partie des membres du gouvernement reproche à la mairie écologiste de Lyon d'imposer ce menu sans viande dans les cantines scolaires. Pourtant, celle-ci défend un choix lié aux contraintes sanitaires, déjà fait l'an dernier par l'ancienne municipalité (LREM) sans choquer personne. "Nous ne sommes pas dans une opération de promotion du 'végétarianisme' ou du véganisme puisque nous allons offrir des protéines animales aux enfants chaque jour", comme du poisson et des oeufs, a expliqué lundi le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet. Dans le même temps, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, confirmait sur BFMTV que "les cantines scolaires sont un maillon faible [de la crise sanitaire] que l'on regarde avec une grande attention". 

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La polémique a néanmoins été lancée par l'opposition de droite au conseil municipal. Puis, ce week-end, le ministre de l'Intérieur a rebondi sur les commentaires des élus LR, et s'est offusqué sur les réseaux sociaux d'une telle décision de la part du maire écologiste. "En plus de l'insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, on voit bien que la politique moraliste et élitiste des 'Verts' exclut les classes populaires. De nombreux enfants n'ont souvent que la cantine pour manger de la viande", tweete samedi le locataire de la place Beauvau, en dénonçant une "idéologie scandaleuse". 

Julien Denormandie lui emboîte le pas en annonçant sur Twitter avoir saisi le préfet du Rhône dans cette affaire. Il s'insurge au passage contre le fait de mettre de "l'idéologie dans nos assiettes".  

Dimanche, Gabriel Attal remet une pièce dans la machine. Interrogé dans le Grand Jury de RTL-LCI-Le Figaro, il déclare qu'il est "toujours pour qu'on laisse le choix aux élèves. Il ne faut pas que ce soit une décision idéologique".  

Un "débat préhistorique" pour Pompili

En face, certains membres du gouvernement tiennent un autre discours. Pour eux, en pleine crise sanitaire, sociale et financière causée par la pandémie de coronavirus - qui continue de faire des centaines de morts par jour - la priorité est ailleurs. Olivier Véran, ministre de la Santé, tente ainsi d'apaiser la situation en estimant, lundi, qu'"il n'y a pas lieu de polémiquer". 

"Je comprends que dans les familles en précarité, la viande, le poisson peuvent coûter cher, donc quand on met son enfant à l'école et à la cantine, c'est aussi l'occasion pour l'enfant d'avoir des protéines animales qui sont importantes dans un régime nutritionnel, déclare-t-il à la presse en marge d'un déplacement dans une Caisse d'allocations familiales (CAF) à Lyon. À côté de ça, je ne suis pas choqué qu'on puisse proposer des menus sans viande ni poisson à l'école. La question, c'est quelle est la motivation sous-jacente. Il n'y a pour moi pas lieu de polémiquer, mais une attention à porter au régime alimentaire des enfants", ajoute-t-il. 

Dans la journée, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, va encore plus loin. "Je regrette beaucoup que sur ce sujet, on retombe dans un débat préhistorique", lâche-t-elle en marge d'un déplacement en Charente-Maritime dans une cantine scolaire. Elle regrette par ailleurs "des clichés éculés, du type 'l'alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée', alors qu'on sait que la viande peut être remplacée par du poisson, des oeufs, des légumineuses qui apportent toutes les protéines nécessaires". 

Pour appuyer son propos, la ministre tweete même en fin d'après-midi des photos du menu végétarien "équilibré et délicieux" proposé à la cantine d'une école de Charente-Maritime qu'elle visitait. Tout en rappelant que la loi issue de la convention citoyenne pour le climat expérimentera un choix végétarien dans les cantines. 

Pas d'arbitrage de Castex

La polémique n'aura en tout cas pas été sans conséquences puisque plusieurs dizaines d'agriculteurs, venus en tracteurs avec quelques vaches, ont protesté lundi à Lyon. La mairie, qui continue à défendre "une décision de gestion de crise sanitaire" dit "attendre du gouvernement qu'il cesse les polémiques et qu'il nous soutienne", a renchéri Bruno Bernard, président EELV de la Métropole de Lyon, sur BFMTV, dénonçant "un manque de respect pour les élus locaux".  

Mais de son côté, le chef du gouvernement ne semble pas s'être intéressé plus que ça à la querelle autour des repas à la cantine. Jean Castex n'entend pas s'exprimer sur ces "polémiques stériles", a indiqué Matignon au Huffington Post lundi. Et un conseiller ministériel de souligner : alors que la situation sanitaire dans plusieurs régions, l'ancien maire de Prades a sans doute d'autres "chats à fouetter". 

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